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Le blog de PANSE

CHRISTOPHE LE PRECURSEUR

10 Janvier 2010 , Rédigé par PANSE Publié dans #COUP DE RETRO

 

 CHRISTOPHE


Si les « historiens » de la Bande Dessinée s’accordent à fixer la naissance du 9 Art à l’apparition du YELLOW KID (voir article sur ce blog), la tradition des « histoires en images » est bien européenne et c’est en France qu’on trouve l’un des premiers artistes de ce mode d’expression.

 

A la différence de la B.D qui utilise la technique des « bulles » pour exprimer les dialogues et pensées, le texte des histoires en images est situé sous l’illustration en un texte explicatif.

Cette tradition durera longtemps en France et les « bulles » mettront des années avant de s’imposer.

 

L’un des maîtres des histoires en images est né le 25 mai 1856 à LURE dans la HAUTE SAONE

De son vrai nom Georges COLOMB, il est le 4ème enfant d’une famille dont le père est principal du collège de LURE.

Bachelier ès lettres à 16 ans, és sciences à 18, il intègre l’école Normale Supérieure en 1878 et obtient une licence de Mathématiques, de Sciences Physiques puis de Sciences Naturelles. Un de ses condisciples est Henri BERGSON.


À sa sortie, il épouse Hélène Jacquet en 1882 et enseigne les sciences naturelles au futur Lycée CONDORCET où il comptera parmi ses élèves le jeune Marcel PROUST. En 1884, il est nommé professeur au Lycée FAIDHERBE à LILLE. Il passe son doctorat de sciences en 1887.


CHRISTOPHE+MME

Ce parcours brillant démontre que dès ses débuts, l’art de l’histoire illustrée n’est pas, comme voudrait le faire croire les détracteurs de la BD, un moyen d’expression pour « simples d’esprits »


Pour compléter ses revenus il publie des dessins dans différents journaux et commence à faire paraître en1889 les premières bandes de la famille FENOUILLARD, ce qui ne plaît guère à sa hiérarchie. Il continue donc ses publications sous le pseudonyme de Christophe (en référence à Christophe COLOMB)


Désormais, Le « Petit Français illustré » lui ouvre grandes ses colonnes et dès 1893 son lectorat s’élargit aux acheteurs des albums en format à l’italienne des Facéties du sapeur CAMEMBER, de L’Idée fixe du savant COSINUS et autres Malices de PLICK et PLOCK.


La Famille FENOUILLARD est donc généralement considérée comme la première Bande Dessinée française.


Famille-Fenouillard

Cette critique caustique des mœurs de province met en scène les Fenouillard, bonnetiers à Saint-Rémy-sur-Deule (sis dans le département imaginaire de Somme-Inférieure). Agénor Fenouillard ayant convolé en justes noces avec Léocadie Bonneau, les fruits de leur union furent Artémise, l'aînée et Cunégonde, la cadette.

Ils explorent d'abord la NORMANDIE et embarquent malgré eux au HAVRE pour l'AMERIQUE, rencontrent les sioux, les trappeurs du détroit de BEHRING et enfin les papous. Ils finissent par revenir triomphalement à Saint-Rémy-sur-Deule.

Ce tour du monde involontaire contraste avec l'immobilisme du Savant COSINUS qui, lui, voulait voyager et ne dépassa pas les faubourgs de PARIS

 

Pour imaginer le personnage de Pancrace Eusèbe Zéphyrin Brioché, dit SAVANT COSINUS, Christophe a pris modèle sur des mathématiciens et physiciens célèbres du XIXème siécle. Son modèle principal serait Jacques Hadamard, un mathématicien bien connu pour sa distraction. Mais il a aussi recueilli des anecdotes sur Paul Painlevé, Henri Poincaré et aussi les physiciens André-Marie Ampère - connu pour sa distraction - et François Arago.


SAVANT COSINUS2

SAVANT COSINUS

Dès 1893, COSINUS invente divers moyens de voyager à travers le monde. Parmi ces inventions, la plus remarquable est l' « 
anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle » utilisant tous les moyens de propulsion connus et même inconnus 


anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle
 

Enfin de 1890 à 1896, CHRISTOPHE publie les « Facéties du Sapeur CAMEMBER » personnage de soldat illettré et un peu simplet dont les agissements sont souvent absurdes.
Né le 29 février 1844 dans le village imaginaire de GLEUX LES LURE (SAONE SUPERIEURE)), il ne peut fêter son anniversaire que tous les quatre ans, et se trouve donc (après une enfance tapageuse) mobilisé dès sa cinquième bougie...


Il est affecté comme sapeur, c'est-à-dire soldat du génie militaire, ce qui est déjà une pointe d'ironie eu égard à sa faiblesse d'esprit.


Sa simplicité s'illustre, par exemple, lorsqu'il creuse un trou pour y mettre la terre d'un autre ; il est vrai qu’il est alors dépassé en sottise par son supérieur, le sergent Bitur, qui le traite de « double mulet cornu » et lui reproche de ne pas avoir fait le deuxième trou assez grand pour qu’on puisse y mettre sa terre avec celle du premier…


Sapeur-case
 

Comme on le voit par ces titres, Christophe est un créateur de types, bien «dessinés», qui s’imposeront durablement dans l’imagerie sinon des classes populaires – car son comique est rempli de références cultivées et juxtapose le second degré aux plus vieilles recettes de la farce – du moins des classes moyennes. La réussite de cet auteur complet est d’avoir trouvé la forme originale en correspondance avec sa verve : un dessin clair et net, caricatural sans méchanceté, de nombreuses trouvailles graphiques – des effets de point de vue, par exemple, ou, plus spécifiquement encore, d’association texte/image –, le tout à l’échelle de la vignette mais aussi de la planche.

 

Mais CHRISTOPHE n’a jamais considéré son activité d’illustrateur comme un fin en soi et il n’a jamais abandonné sa vocation première. De retour à Paris il est nommé maître de conférences à la Sorbonne où il termine sa carrière au poste de sous-directeur du laboratoire de botanique. Il est l'auteur de nombreux manuels scolaires en botanique comme en zoologie.



Infatigable enseignant, il donnera des cours au collège de jeunes filles de Sévigné jusqu'à 70 ans.


Durant la seconde guerre mondiale, il se réfugie avec sa famille dans la zone sud. Il meurt des suites d'une occlusion intestinale à NYONS le 3 janvier 1945. Il est enterré à Asnières.

 

Ainsi, Né au cœur du second Empire, mort aux premiers mois de la Libération, celui dont la mémoire nationale se souvient encore sous le nom de Christophe n’a pas mené seulement une longue existence mais aussi une double vie.

 

Mort dans l’oubli, une quarantaine d’années après avoir à peu près totalement arrêté son activité de dessinateur public, Christophe a été exhumé par François Caradec dès 1956, juste avant que ne naisse le mouvement « bédéphilique » qui en a fait depuis, avec Rodolphe Töpffer et Joseph Pinchon, l’un des plus vieux maîtres, respectés, d’un « neuvième art » aujourd’hui reconnu


CHRISTOPHE2
 

Anecdotes :

 

René GOSCINNY a rendu hommage à un des personnages de CHRISTOPHE dans l’album d’ASTERIX « La Zizanie » en nommant un romain « SAVANCOSINUS »


SAVANCOSINUS.jpg
 

Il existe à LURE un Lycée Georges COLOMB ;


LYCEE COLOMB
 

A LURE toujours, on peut rencontrer les membres de la Confrérie du Sapeur

CONFRERIE SAPEUR

et dans cette ville on peut admirer depuis 1979 une st tue du Sapeur CAMEMBER réalisée par
Françoise FAURE-COUTY. L’œuvre a été inaugurée le 17 juin 1979 par Edgar FAURE

 

 STATUE CAMENBER

 

 

Chaque 29 février parait le journal "La Bougie du Sapeur" inspiré lui aussi de la date d'anniversaire de CAMENBER.


Si le style de CHRISTOPHE nous semble surranné, n'oublions pas ce que lui doit la B.D  moderne. Un dessin un peu raide certes, l'absence de bulles (on ne peut pas tout inventer) mais CHRISTOPHE a su aussi en digne contemporain d'ALLAIS introduire le non sens et la folie dont se glorifient aujourd'hui les plus grands artistes du 9 ème Art et qui font de la B.D une lecture magique

 

 

 

 

 

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