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Le blog de PANSE

QUAND LA B.D "BULLE"

27 Juin 2010 , Rédigé par PANSE Publié dans #COUP DE RETRO

Comme je l’ai expliqué ici (article « THE YELLOW KID ») la Bande dessinée moderne est apparue en 1895 avec l’apparition des 1ers phylactères.

Un phylactère (nom savant et un peu oublié) est un mot tiré du grec pour désigner un moyen graphique utilisé en illustration puis en bande dessinée pour attribuer des paroles aux personnages.

 

On lui préfère d’autres appellations plus simples.

Dans les pays anglo saxons ce sont des «ballons » (balloons), en Italie ce sont des FUMETTI (petites fumées) et en France, des bulles.

Il semblerait que cette appellation soit récente.

Longtemps, on appela les phylactères des ballons en France aussi.

Lors de l’édition d’un livre sur les personnages féminins dans la BD, l’éditeur Jean Jacques PAUVERT et l’auteur Jacques SADOUL cherchait un titre.

 

pauvert

(Jean Jacques PAUVERT)

 

L’aspect un peu érotique du livre, le terme d’  « enfer » (en référence à la bibliothèque du VATICAN où sont entreposés les ouvrages licencieux) s’imposa mais pour définir le genre, PAUVERT proposa l’ «  enfer des bulles » selon le terme qu’il employait pour désigner les fameux ballons.

SADOUL expliqua : « mais personne ne dit ça » et PAUVERT, visionnaire répliqua : « Après notre livre tout le monde utilisera le mot « bulles » »

C’était en 1968 et le mot « bulles » s’est imposé

 

 

enfer1

 

Le mot s’est d’ailleurs imposé chez nous plus vite que l’usage.

 

Alors que l’usage des bulles se répandait rapidement aux Etats Unis, il faudra attendre 13 ans pour voir en 1908, les premiers phylactères en FRANCE.

La tradition des textes placés sous l’image était fortement ancrée quand Louis FORTON crée dans l’hebdomadaire l’  « EPATANT », un trio de joyeux drilles : Les Pieds Nickelés.

 

Forton

(Louis FORTON)

C’est une révolution timide certes : les personnages disent quelques mots, les sonnettes font « dring », les coups de poing font « PAF », mais l’essentiel du texte reste sous les cases.

La révolution des bulles est en marche mais à petit pas

 

pieds nickeles

 

Après les Pieds Nickelés, les tentatives de dialogues dans les cases sont inexistantes ou presque (SAM ET SNAP en 1908, FRIP ET BOB de l’écrivain Mc ORLAN en 1911 et 1912…).

En général les auteurs restent fidèles aux pavés de texte plus ou moins indigestes bien taillés au cordeau et placés sous les dessins.

 

Un incident apparemment sans importance va tout changer.

Le journal « Le Dimanche illustré publie depuis 1923 des planches américaines entièrement à bulles et un de ces annonceurs (l’orfèvrerie PERRIN dont l’histoire de la BD a retenu le nom à cette occasion) renonce au dernier moment à la publicité qui devait figurer dans la dernière page du numéro du 3 mai 1925.

Pour remplacer cette page vide la direction décide de publier un dessin et demande le concours d’Alain SAINT OGAN (voir article).

Celui ci conçoit alors ZIG et PUCE qui ne s’exprimeront qu’au travers de bulles !

Le succès est tel que dès 1927, ZIG et PUCE deviennent des personnages habituels du journal.

 

 ZIG ET PUCE

 

Pourtant il faudra attendre encore des années pour que les bulles fassent partie intégrante de la BD française

HERGE lui-même fera la triste expérience de cette fâcheuse habitude :

La 1ère aventure de TINTIN, dessinée tout en bulles sera reprise par « Cœurs Vaillants » et la rédaction, pensant que le lecteur ne comprendrait rien a rajouté des textes légendes sous chaque dessin.

HERGE dut se fâcher pour que son œuvre soit respectée.

 

 

TINTIN

 

Peu à peu sous l’influence américaine et sous celles de SAINT OGAN, HERGE et d’autres, les bulles s’imposèrent enfin et si elles perdurent faisant les beaux jours de « France SOIR » dans les années 50 à 70, les bandes textes disparaissent en 1975 avec le 3588ème et dernier strip de la série SAN ANTONIO mise en image par Henry BLANC

 

sanantonio

 8 - Strip San-Antonio en couleurs-b1a47

 

La forme des bulles permettait également de reconnaître sans se tromper les deux grands styles de la BD  belge :

-L’école de BRUXELLES (celle du journal TINTIN) avec ses bulles carrées ou rectangulaires comme HERGE, JACOBS, MARTIN…

-L’école de MARCINELLE (celle du journal SPIROU) avec ses bulles de formes arrondies comme FRANQUIN, PEYO, WHALTERY …

 

La forme style MARCINELLE est aujourd’hui quasi universelle surtout pour les BD comiques ou semi réalistes et la forme style BRUXELLES semble plus « datée » et j’ai moi-même adopté naturellement la forme arrondie pour mes créations

 

Pour conclure, il est donc évident que sans « bulles », la BD ne serait pas celle que l’on connaît mais il ne faut pas pour autant en déduire que les artistes du 9ème art sont des « bulleurs »…

 

 

 

 

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