À l'origine de EC Comics se trouve l'éditeur Max GAINES, pionnier du comic book.
En 1945, après avoir vendu sa maison d'édition All-American Comics à DC Comics il fonde la
société Educational Comics pour publier des comic books éducatifs.
Rapidement la production se diversifie et les genres abordés sont religieux, éducatif ou humoristique
Par la suite, selon la thématique du comics publié, le E de EC signifie Educational (éducatif)
ou Entertaining (amusement).
Les séries durent peu de numéros (entre 1 et 10) et n'ont pas assez de succès pour permettre à l'éditeur de
gagner de l'argent ; de ce fait, EC est constamment endetté.
Le 20 août 1947 Max GAINES meurt dans un accident de bateau ce qui amène son fils William, surnommé Bill, à
prendre la tête de la compagnie et poursuivre cette politique éditoriale éducative ou d'humour.
Bill Gaines ne voulait pas, a priori, travailler dans le monde de la bande dessinée et il se préparait à devenir
professeur de chimie mais sa mère insiste tant pour qu'il prenne la suite de son père, qu'il finit par accepter. Quand Bill Gaines succède ainsi à son père, EC comics est endetté à hauteur
de 110 000 $
En mars 1948, Bill Gaines rencontre un jeune dessinateur, Al FELDSTEIN âgé de seulement 22 ans, qui cherche du
travail. Les deux hommes vont immédiatement s'entendre et travailler ensemble à l'écriture des scénarios et à la direction éditoriale que doit suivre l'entreprise.
Sous l'influence de Al FELDSTEIN, EC comics change peu à peu de politique éditoriale.
Les comics publiés, comme cela l'était à l'origine, peuvent être encore des comics éducatifs (souvent à la demande
d'organisations religieuses ou enseignantes), mais de plus en plus souvent ce sont des comics aux thèmes plus à même de plaire aux adolescents : western, romance et policier.

Les comics d'humour ou ceux destinés aux enfants sont abandonnés.
En février-mars 1950, les comics publiés traitent des thèmes du western, de la romance ou des intrigues policières.
EC, qui a été longtemps déficitaire, commence à atteindre un équilibre financier. Cependant Bill Gaines et Al Feldstein
publient des comics qu'ils n'apprécient pas. Ils se contentent de suivre la mode. Aussi, décident-ils de ne plus se contenter de suivre mais d'être originaux et, comme l'un et l'autre sont
passionnés de récits fantastiques radiodiffusés et de nouvelles ou de romans de ce genre, ils décident de tenter l'expérience de diffuser des histoires d'horreur .
Ce sont les comics policiers War against Crime et Crime Patrol qui à partir
du 10e numéro vont accueillir une histoire de ce genre. Le succès est au rendez-vous et l'abandon de l'ancienne ligne de comics est décidé pour faire place à une
nouvelle
Cette nouvelle politique éditoriale sera, a posteriori, appelée le New Trend.
Les comics policiers deviennent des comics d'horreur : (Crime patrol est renommé en The Crypt
of terror et War against crime enVault of Horror) ; de même le western Gunfighter est changé en Haunt of Fear.

Deux des comics de romance changent de thématique pour devenir des comics de science-fiction : Saddle
romance est rebaptiséWeird Science et A moon, a girl...romance prend le titre de Weird Fantasy. Seul est poursuivi sans
changement Modern Love mais il sera finalement arrêté en août 1950.
EC comics connaît le succès et gagne enfin de l'argent. William Gaines décide alors d'augmenter le nombre de séries
publiées. Il confie à Harvey KURTZMAN, dessinateur et scénariste pour EC qui souhaitait plus s'investir dans la création, le rôle de rédacteur en chef de Two-fisted Tales. À
l'origine il devait s'agir d'un comics d'aventures mais la guerre de Corée va amener Kurtzman à réorienter le périodique dans une thématique d'histoires de guerre.
Le succès du titre amènera la création en 1951 d'un autre comics du même genre, aussi dirigé par
Kurtzman : Frontline Combat.
Le nombre de comics publié s'étoffera aussi en octobre 1950 avec Crime Suspenstories, qui présente des
histoires criminelles et un récit d'horreur, et en 1952 avec Shock Suspenstories qui mêle des récits de plusieurs genres (science-fiction, horreur, policier, fantastique et
« critique sociale »). Le succès est très important aussi bien pour les revenus que pour le nombre de lecteurs : entre 350 000 et 400 000 exemplaires des comics d'horreur
se vendent chaque mois en 1953; les comics de guerre et de science fiction tournent autour de 225 000 exemplaires.
Le revenu de EC est de 1 million par an, le bénéfice net de 50 000 $. Les revenus proviennent
essentiellement de la vente des comics puisque 3 pages seulement sont occupées par des publicités
Si ce sont les comic books d'horreur qui vont le plus frapper l'imagination du public, et rester associés au nom EC
Comics, le succès le plus durable d'EC est toutefois le titre satirique MAD, initialement édité par Harvey Kurtzman à partir d'octobre 1952 et qui existe toujours sous la forme d'un
magazine.
Ce lectorat important va susciter la création d'un fan club, The EC Fan-Addict Club, qui sera le premier de
ce genre créé par une maison d'édition et qui disposera de son propre journal. De 1950 à 1954 EC comics connaît donc son âge d'or. Les comics se vendent bien et le contenu est de qualité
avec des dessinateurs tels que Wally Wood, Joe Orlando, Harvey Kurtzman, etc. qui illustrent les scénarios de Gaines, Feldstein et Kurtzman.
Cependant, si les jeunes lecteurs apprécient les comics, il n'en est pas de même pour une partie de la population adulte
qui milite contre leur publication. Des associations, entre autres religieuses, critiquent les bandes-dessinées accusées de présenter des images violentes ou sexuelles. Des comics sont
littéralement mis au bûcher.
Cette critique populaire est relayée par le psychiatre Fredric WERTHAM,
auteur du livre Seduction of the Innocent, qui lie criminalité adolescente et lecture de comics et qui
reproche aux comics d'exposer les enfants à des situations et images choquantes.
Cela amène l'État fédéral à décider une enquête et à créer pour cela en 1953 un sous comité sénatorial sur la délinquance
juvénile.
Les audiences publiques ont lieu d'avril à juin 1954.
Le comité entend entre autres Fredric Wertham et William Gaines, qui est le seul éditeur à témoigner. L'audience de Gaines
est une catastrophe.
On lui présente une couverture d'un comics (Crime suspenstories no 22) montrant la tête
d'une femme décapitée tenue par les cheveux par son assassin et on lui demande si cela est de bon goût.
La réponse de Gaines est affirmative si l'on considère qu'il s'agit d'un comics d'horreur.
Gaines va alors être présenté par la presse comme un être cynique et les comics vont être montrés du doigt.
Pour éviter la menace d'une loi censurant les comics, Bill Gaines invite ses collègues éditeurs à financer une recherche
universitaire afin d'évaluer sérieusement les supposés méfaits des comics. Cette réunion finalement débouche, au grand dam de Gaines, sur la décision de créer un code listant ce qui est
acceptable dans un comics, ce qui deviendra plus tard la Comics Code Authority contrôlée par un organisme financé par les éditeurs et chargée de vérifier la bonne moralité des comics
publiés.
Cette décision ira dans le sens des recommandations du sous comité sénatorial qui dans son rapport final refuse la
promulgation d'une loi permettant la censure des comics mais invite les éditeurs à réguler les publications.
En septembre 1954 les éditeurs fondent donc la Comics Magazine Association of America qui regroupe 90% des
éditeurs.
Ils demandent à un magistrat d'établir un code de bonne conduite.
Ainsi se met en place la Comics Code Authority chargée d'approuver ou de rejeter les comics en fonction de
critères de décence très stricts.
Parmi ceux-ci, certains semblent délibérément tournés contre EC, comme par exemple l'interdiction de mots tels que
Crime ou Terror dans les titres de comic books. De plus les monstres (vampires,loup-garous, zombies, etc.) sont interdits.
Gaines décide dans un premier temps de ne pas adhérer à l'association.
Mais les distributeurs refusant de transporter ses titres en l'absence d'approbation de la CCA, il supprime rapidement ses
séries d'horreur et les deux titres Suspenstories.
Les séries de guerre ont auparavant été arrêtées car Harvey Kurtzman préfère se consacrer
à MAD.
Weird Science-Fantasy, qui est né de la fusion de Weird Science et Weird
Fantasy, est renommé en Incredible Science Fiction et une série de nouveaux titres d'aventures est créée pour remplacer les titres supprimés.
Gaines ne veut toujours pas adhérer au CMAA mais les ventes s'en ressentent car les distributeurs refusent ses
comics.
Les ventes de ceux-ci atteignent entre 10 et 15 % de celles des comics du New Trend.
À partir du deuxième numéro, les comics sont donc soumis au CCA mais les ventes progressent peu et sont insuffisantes pour
espérer être rentables (elles atteignent 20 % des ventes du New Trend). Les comics sont donc abandonnés et remplacés par des magazines surnommés Picto-Fiction qui ne
durent que 2 ou 3 numéros et qui sont aussi des échecs commerciaux.
Quand en 1956 le distributeur d'EC, Leader News, fait faillite, Gaines décide d'arrêter l'ensemble des titres qu'il
publiait encore à l'exception du magazine satirique MAD qui est bénéficiaire.
Les difficultés financières de EC obligent cependant Gaines à renflouer la société avec ses fonds propres et ceux de sa
mère à hauteur de 110 000 $.
En 1961, Bill Gaines vend E.C Comics (qui est réduit à MAD) à l'entreprise Premier Industry qui le
revend en 1964 à National Periodicals, branche de DC COMICS.
DC Comics va par la suite être rachetée par l'entreprise Kinney Parking Company qui devient aussi propriétaire
de la Warner Bros.
Cette entreprise changera de nom plusieurs fois, au grès d'achats et de ventes d'entreprises, pour devenir enfin TIME
WARNER.
Bill Gaines restera à la tête de MAD jusqu'à sa mort en 1992 malgré les vicissitudes que connaîtra la
maison-mère.
EC Comics légalement existe toujours et demeure le propriétaire des droits de MAD , mais de fait DC comics,
étant propriétaire à 100 % d'EC, est seul responsable de ce magazine.
Le succès d'EC, et la persistance de sa mémoire dans le monde des comics, tient sans doute à l'addition de trois
éléments : des histoires particulièrement horribles mais bien écrites et mises en images par les meilleurs dessinateurs de l'époque .
Elle est aussi probablement liée à la volonté de Bill Gaines, Al Feldstein et Harvey Kurtzman de produire des
œuvres qu'eux-mêmes appréciaient et d'accorder tout le soin possible à l'édition de leurs œuvres.
Les scénaristes et dessinateurs d’EC sont considérés aujourd’hui comme des maitres de la BD et ils ont influencé nombre
d’auteurs de la jeune génération (jen profite poiur saluer Thierry OLIVIER, un artiste véritable qui a su s'inspirer avec talent de ces comics)
Chacun des titres mériterait un article
Je reviendrai aussi sur l"oeuvre" destructrice du Dr WERTHAM, sorte de "Mc CARTHY" de la BD
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